Œuvre No. 22 / 33

Ca Cartoon

Je sauvegarde une dernière fois. "Ça Cartoon" - dimanche 18 mai, 22h52 maintenant. Dehors l'orage gronde pour de bon. Les éclairs transforment le jardin en théâtre d'ombres chinoises. C'est ça aussi, l'art numérique - créer de la lumière pendant que dehors le ciel se déchire.

22h38, dimanche soir. Cette heure où le weekend bascule déjà vers lundi. L'Isle-Jourdain s'endort sous une chaleur inhabituelle pour un mois de mai - 21 degrés encore. L'air est lourd, chargé d'électricité. Un orage gronde quelque part vers Auch, des éclairs de chaleur illuminent l'horizon par intermittence.

"Ça Cartoon" sur fond vert chlorophylle, ce vert qui claque, qui réveille. Un cœur anatomique déstructuré, éclaté en fragments cartoon. "MARS" et "REAL" qui flottent dans la composition - Mars la planète rouge, le réel qui devient irréel. Les infos de ce soir parlaient justement de la mission chinoise sur Mars, des nouvelles images du rover. Pendant ce temps, moi je déconstruis des organes en pixels colorés.

Ce serpent jaune à pois qui s'enroule autour du chaos. Les yeux qui regardent dans toutes les directions, jamais le même point de vue, jamais la même perspective. Cette schizophrénie visuelle qui me plaît, cette impossibilité de tout saisir d'un coup. Il faut tourner autour, plonger dedans, se perdre dans les détails.

Le violet dominant me rappelle ces ciels d'orage d'été, quand l'air devient mauve juste avant que tout explose. Mon stylet glisse, ajoute une texture ici, un dégradé là. Cette sensation de peindre avec de la lumière pure. La guitare dans son coin n'a pas bougé depuis ce matin. Trop chaud pour jouer, trop humide. Les cordes colleront aux doigts.

Un escargot traverse la terrasse, laisse sa trace argentée qui brille sous la lumière de la cuisine. Cette lenteur assumée pendant que le monde tourne à mille à l'heure. Sur mon écran, ces créatures figées dans leur mouvement perpétuel, ce paradoxe du dessin numérique - tout bouge et rien ne bouge.

"Ça Cartoon" - ce jeu de mots franco-anglais qui me fait sourire. Ça, ce truc indéfinissable, et cartoon, le dessin animé. Cette fusion des langues comme ces formes qui fusionnent sur l'écran. Les dents qui sourient partout, ces bouches ouvertes qui ne crient pas, qui rient peut-être, ou qui bâillent.

22h47. Les grillons ont commencé leur concert nocturne, ce crissement obsédant qui va durer jusqu'à l'aube. Par la fenêtre, je vois les premières gouttes s'écraser sur les carreaux. L'orage arrive finalement. Cette tension qui va se libérer, comme quand on appuie sur "sauvegarder" et que l'œuvre devient définitive.

Ce cœur décomposé au centre, c'est un peu ça - nos émotions fragmentées, pixelisées, transformées en data. On met des cœurs rouges sous les posts, on envoie des émojis, mais le vrai cœur, celui qui bat, qui pompe, qui s'emballe, on ne sait plus trop où il est dans tout ce bazar numérique.

La pluie s'intensifie maintenant. L'odeur de la terre mouillée entre par la fenêtre ouverte, cette odeur primitive qui ramène à l'essentiel. Mon iPad continue de briller dans la pénombre, ce rectangle de lumière où les couleurs dansent leur ballet silencieux.

Je sauvegarde une dernière fois. "Ça Cartoon" - dimanche 18 mai, 22h52 maintenant. Dehors l'orage gronde pour de bon. Les éclairs transforment le jardin en théâtre d'ombres chinoises. C'est ça aussi, l'art numérique - créer de la lumière pendant que dehors le ciel se déchire.