Œuvre No. 23 / 33
Pistache Aura
"Pistache Aura" - ce vert amande en fond, exactement la couleur du ciel quand l'orage menace mais n'arrive jamais. Cette tête totémique qui flotte, mi-masque africain, mi-divinité aztèque, avec ses cornes en spirale et son sourire énigmatique. Cette texture crayonnée, ces traits qui vibrent comme si l'image tremblait légèrement, comme la chaleur qui monte du bitume.
20h07, la lumière du soir baigne L'Isle-Jourdain d'une teinte dorée qui tire sur le vert. 24 degrés encore, l'air est doux, presque sucré. Les tilleuls commencent à embaumer, cette odeur de miel qui annonce vraiment le printemps. Aux infos, ils parlent de la nouvelle route de la soie numérique, des câbles sous-marins que la Chine pose entre l'Afrique et l'Amérique du Sud.
"Pistache Aura" - ce vert amande en fond, exactement la couleur du ciel quand l'orage menace mais n'arrive jamais. Cette tête totémique qui flotte, mi-masque africain, mi-divinité aztèque, avec ses cornes en spirale et son sourire énigmatique. Cette texture crayonnée, ces traits qui vibrent comme si l'image tremblait légèrement, comme la chaleur qui monte du bitume.
Mon stylet gratte l'écran, j'ajoute ces petites hachures qui donnent de la matière. Cette sensation de dessiner sur du papier qui n'existe pas. La guitare est posée contre le mur, je n'ai pas joué depuis trois jours. Les cordes doivent être désaccordées avec cette humidité qui monte. Mais ce soir, c'est le silence qui compose, juste le bourdonnement lointain d'une tondeuse, quelqu'un qui profite des dernières heures de clarté.
Cette créature centrale avec son œil bleu électrique, elle me fixe. Pas de jugement, juste cette présence. Les motifs qui l'entourent - soleils, serpents, cellules - comme une cosmogonie personnelle, un univers qui tient dans un rectangle de pixels. Cette palette de couleurs seventies, orange brûlé, jaune moutarde, turquoise délavé. Les couleurs de ces vieux albums de Santana que mon père écoutait.
Un avion passe très haut, laisse une traînée qui coupe le ciel en deux. Paris-Madrid peut-être, ou plus loin. Ces trajectoires invisibles au-dessus de nos têtes, ce ballet permanent qu'on ne regarde plus. Sur mon écran, les formes continuent de danser leur danse immobile.
Le hashtag en bas à droite, cette manie de tout étiqueter. Mais "Pistache Aura", c'est plus qu'un titre, c'est une synesthésie - le goût de la pistache, cette saveur douce-amère, et l'aura, cette énergie invisible qui entoure les choses. Exactement ce que j'essaie de capturer : l'invisible rendu visible, l'immatériel matérialisé en pixels.
Les martinets commencent leur chasse du soir, leurs cris stridents percent l'air tiède. Ils volent si haut qu'on ne les voit presque pas, juste des points noirs qui zigzaguent. Cette liberté absolue du vol, pendant que moi je reste ancré devant cet écran, à construire des mondes qui n'existent que dans la lumière bleue des LED.
Je pense à cette expo vue la semaine dernière à Toulouse, ces masques dogons qui semblaient vivants dans leur vitrine. Cette même énergie que j'essaie de capturer ici, cette force primitive qui traverse les époques et les médiums. Du bois sculpté au pixel, la même quête : donner forme à l'invisible.
20h23 maintenant. Le soleil descend doucement derrière les toits. Dans quelques minutes, cette heure magique où tout devient photogénique, où même le plus banal prend des allures de chef-d'œuvre. Mais mon chef-d'œuvre à moi, il est là, sur cet écran, cette "Pistache Aura" qui pulse doucement dans la lumière déclinante.
Je sauvegarde. Un dernier regard à cette créature qui me sourit de toutes ses dents. Elle continuera d'exister quelque part dans le cloud, cette mémoire infinie où s'accumulent nos visions numériques. Peut-être qu'un jour, quelqu'un tombera dessus et se demandera : c'était quoi, cette pistache aura ?