Œuvre No. 16 / 33

Jardin Exotique

Je me tiens devant ce jardin exotique, une explosion de fleurs aquarellées — corolles saumon, jaunes et violettes glissant sur un écrin crème. C’est une rêverie de pigments, un souffle tropical délicat suspendu dans le temps — 23 Avril 2025, à 00h46.

Il est 00h46. Le salon est plongé dans une demi-obscurité que la lune peine à percer. Sur l’écran, ce jardin exotique éclate : fleurs pastel qui dansent, palmes aquarellées en mouvement figé. Elles exhalent une sensualité douce, presque coupable, dans la nuit silencieuse.

Si je ferme les yeux, je sens encore l’humidité d’un printemps qui s’accroche aux feuilles du jardin dehors. Une tiédeur presque tangible, teintée de la rosée qui se proclame messagère de l’aube.

Dans ce monde tourmenté — des missiles, des séismes, des écosystèmes meurtris, une transition papale — ce tableau éclot comme une oasis intérieure. Un refuge fragile où s’enchevêtrent l’espérance et la beauté.

Mes enfants sont ailleurs dans la maison. Mon fils, cet adolescent au calme immuable, probablement immergé dans ses jeux ou absorbé par une playlist nocturne. Ma fille, en revanche, peut-être compose-t-elle déjà une mélodie sur son carnet ou ses ongles. Je l’imagine marquant lentement ses contours, cherchant son expression, empreinte de cette délicatesse qu’on retrouve dans les fleurs que je peins.

Je pose mes doigts sur l’iPad, je trace une tige, une feuille, une courbe. Une harmonie qui jaillit, fragile mais insistante. Un geste d’amour inaudible, un souffle contre l'obscurité du dehors.

Sur ma guitare, je laisse vibrer un accord suspendu — un murmure. Le son traîne, se mêle au souffle de la nuit. Rien de parfait, juste un écho personnel contre la brutalité du monde.

Ce jardin exotique est mon acte de résistance silencieuse. Une preuve que la vie peut encore fleurir, même au milieu des fissures. Je peins pour eux, pour moi, pour ce monde ensommeillé qui rêve de renaissance.