Œuvre No. 32 / 33
Monsters
Je vous fais découvrir mes compagnons : des monstres acidulés, brouillons et bariolés, s’entremêlant dans un tourbillon visuel. Yeux globuleux, dents farceuses, créatures hybrides — tout un carnaval au service du fantasme — 28 mai 2025 à 23h08
Il est 23h08. Ma maison vibre encore d’un écho de vie. Je repose l’iPad, j’ai refermé la fenêtre sur les ombres dansantes du dehors. Devant moi, ces monstres colorés — monstres rieurs, farfelus, anarchiques — ils dansent un ballet absurde et tendre.
Ces créatures évoquent mes pensées nocturnes. Comme mon fils — silencieux et immense, affalé sur son lit, plongé dans un jeu, ses rêves peut-être peuplés d’étrangetés qui l’amusent autant qu’elles l’élèvent. Et ma fille, quelque part, griffonne ou chante, composant ses petits monstres de papier, ses ongles peints, ses mots en mutation — des refuges sensibles.
Alors que le monde s’agite — déluges au Pakistan, tensions frontalières, rêves d’astéroïdes et notations culturelles — je m’invite dans ce chaos en chromatique. Je peins des éclats délurés, des formes qui n’ont pas peur de rire, de grincer, d’exister. Je joue un accord sur ma guitare, sourd, incertain. Mais il tient.
Ces monstres, c’est moi qui les ai créés, ou qui les ai laissés imprimer sans filtre — eux aussi un peu perdus, un peu bizarres, mais vivants. Ils sont mes compagnons de nuit. Des gardiens de fantaisie posés contre la lourdeur du dehors.
Je sens encore l’air nocturne sur ma peau, léger. Je ferme les yeux — leurs formes persistent, éclaboussant mes paupières de traits colorés. Une respiration rauque, ivre de liberté.
Ils ne sont ni gentils ni méchants — juste ce que nous sommes parfois : étranges, incomplets, sublimes.