Œuvre No. 33 / 33

UFO

UFO, une composition organique aux formes sinueuses, traversée d’un grand visage au regard éthéré, de spirales végétales, de cœurs discrets et d’yeux qui veillent. Instants d’étrangéité colorée, captés sur ce tableau abstrait.

Il est 10h29, samedi 29 août. À l’extérieur, l’air suspendu au-dessus de L’Isle-Jourdain sent encore la pluie des dernières heures — orages annoncés jusque minuit, vigilance jaune — mais une humeur humide s’élève déjà. Il fait environ 16 °C, fringante fraîcheur automnale dans le creux matinal de l’été tardif.

Face à moi, UFO murmure. Le grand visage gris aux yeux noirs, pas menaçant, juste étranger — souriant presque. Il m'invite à naviguer dans un flux végétal, une mer de courbes, de cœurs rouges, d’yeux disséminés. L’image convoque une étrangeté douce comme une graine inconnue poussant dans la marge du normal.

Chaque segment vibre d’une texture différente : un petit œil dans une fleur orange, des couloirs aquatiques verts, des arabesques translucides. Je lis une invitation : « plonge ». Je vois un cœur posé maladroitement près d’un œil, comme un pont de sensations brutes soudés au regard.

Pensées extraites du monde près de moi : à des milliers de kilomètres, des missiles réduisent Kiev en ruine, des épreuves sportives animent l’Inde et l’Espagne, des stars défilent à Venise, des accords économiques basculent. Et moi, je reste planté devant ce tableau, captant un segment d’autre réalité.

UFO n’est ni une fuite, ni une utopie — c’est une autre forme d’existence, un espace mental infime où les formes respirent. Il m’offre un refuge graphical, tangible sur mon iPad. Je pourrais le manipuler, changer une courbe, flouter une spirale, intensifier un vert ou adoucir un rose. Mais je préfère le laisser tel quel : un creux dans le tumulte.

Dans ce silence graphique, je repose mes mains, aspire. J’ai laissé le chauffage éteint, je sens encore les vibrations résiduelles de la pluie. Le soleil tente une percée, diffusant une lumière adoucie sur mes crayons, mes tasses de café. Le dessin, avec sa voix muette, ressemble à un ami qui ne juge pas, juste compétent.

Mon geste artistique devient une résistance silencieuse. Je crée parce que la vie, parfois, s’explique mieux en courbes et couleurs qu’en mots ou statistiques. Une ligne verte qui se love, un visage qui sourit dans l’absurde — c’est ça, mon acte de foi : continuer de voir, de sentir, d’inventer.