Œuvre No. 25 / 33
Royaume
Devant moi, un royaume onirique se déploie : une créature sinueuse, mêlant plumage, écailles et visages de contes, s’enroule en une danse douce et surprenante. C’est une fable visuelle, une promesse de mystère, dessinée sur un fond velouté.
Je regarde ce royaume visuel, ce serpent-chrysalide fait d’ailes et d’yeux, de visages qui s’entrelacent. Il est 15h06 à L’Isle-Jourdain. Dans la chaleur feutrée du Gers, le mercure frôle les 17 °C, stable, rassurant dans sa douceur — comme un souffle suspendu dans la lumière du jour.
Dans ce dessin, je perçois une émulation intérieure. Une créature mythique née des contes d’enfants, des rêves que j’ai peints en catimini, sur un écran lumineux au milieu d’une maison trop silencieuse. Pas mes enfants cette fois, juste moi — artiste captif d’une curiosité exubérante, fouillant les lignes, les formes, cherchant à voir ailleurs.
Autour de moi, le monde s’agite ; des corps oubliés au Soudan, un geste de paix sur le front ukrainien, des marchés secoués par la politique américaine, et une planète qui élève la voix pour mieux respirer — pour mieux lutter contre les maladies silencieuses. Et, déjà, le rugissement des monoplaces à Monaco, écho trop éloigné mais vibrant.
Je trace mentalement la courbe de cette créature. Son cou gracile devient paysage, ses plumes décorent une légende. Elle respire au-delà des conflits, des décisions, des marchés. Elle est l’art qui survit, qui murmure : « Nous sommes encore capables de rêver. »
Je la redessine, je la floute, je l’ajoute d’une plume numérique. Elle épouse l’écran, puis mes doigts. Et dans ce geste, je me rappelle que je suis bâtisseur d’un royaume intérieur — de celui où les formes deviennent fables, et où la douceur naît malgré tout.